Phobie d’impulsion : Quand nos pensées nous effraient


La phobie d’impulsion fait partie des TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif), des troubles qui s’inscrivent dans la grande famille des troubles anxieux.

Elle se manifeste par des pensées intrusives, souvent violentes, absurdes ou immorales, qui surgissent contre la volonté de la personne.
Ces pensées là provoquent angoisse, culpabilité et honte

👉 Exemples :
« Et si je poussais quelqu’un sous le métro ? »
« Et si je perdais le contrôle et faisais du mal à mon enfant ? »
« Et si je criais un mot obscène en pleine réunion ? »
« Et si je me jetais par la fenêtre ?« 

Ces pensées sont vécues comme insupportable, car la personne craint qu’elles puissent révéler quelque chose de dangereux ou qu’elle puisse passer à l’acte.
Or, ces peurs ne traduisent aucun risque réel : elles sont le reflet d’une anxiété liée au contrôle.

Une personne qui n’a pas de phobie d’impulsion, ne va pas accorder de l’importance à ce type de pensée. Mais, dans le cadre d’une phobie d’impulsion, la personne va être en hypervigilance de ses propres pensées, et tout faire pour qu’elle n’apparaissent plus.

En TCC, on considère qu’il s’agit d’obsessions sans passage à l’acte, c’est-à-dire des pensées sans lien avec une intention réelle.


Les phobies d’impulsion peuvent prendre plusieurs formes, souvent regroupées en trois grandes catégories :

  • Thématiques de violence : Peur de blesser, de frapper, de tuer quelqu’un. Peur de perdre le contrôle au volant, ou encore de se suicider.
  • Thématiques sexuelles : Peur d’avoir des pensées inappropriées à caractère sexuel (souvent envers des personnes vulnérables). Peur d’être « déviant » ou « anormal ».
  • Thématiques morales ou religieuses : Peur de blasphémer, peur de dire quelque chose de raciste, Peur de blesser quelqu’un par la parole

Le point commun de toutes ces thématiques est une forte culpabilité et un besoin excessif de contrôle sur ses pensées.


Quand on souffre de phobie d’impulsion, on essaye de repousser activement les pensées (“je ne veux pas penser à ça”, “c’est horrible”, « il ne faut pas que je pense à ça ! »).

Cette lutte interne renforce le trouble : plus on cherche à ne pas y penser, plus les pensées reviennent : c’est le cercle vicieux obsessionnel classique.


On est là face à l’un des plus grand piège des pensées.


Un petit exercice assez connu en TCC que je vous propose de faire ensemble :


📝 Exercice – Le mécanisme des pensées

Prenez quelques instants pour faire apparaître l’image suivante dans votre esprit :

Imaginez un bébé ours polaire sur la banquise.

Pensez à son pelage très blanc, à ses petites pattes duveteuses, à son petit museau noir.

Pensez à la banquise, au froid.

Prenez le temps de faire apparaître cette image dans votre esprit.

Ça y est, vous avez l’image en tête ?

Vraiment ?

Très bien.

⛔ Maintenant ne pensez plus à ce petit ours blanc ⛔

⛔ Ne pensez pas à ces petites pattes blanches ⛔

⛔ Ne pensez pas à son pelage très blanc ⛔

⛔ Ne pensez pas à la banquise ⛔


Alors ? Vous avez réussi à ne pas y penser, au petit ours blanc à la banquise et tout ça ?

Bien évidemment que non, au plus je m’interdis de penser à quelque chose, au plus l’esprit m’y fait penser.

Moi qui essaie de ne pas penser à quelque chose

Chaque personne, chaque parcours de vie est unique. Il n’y a pas de mode d’emploi tout prêt contre les phobies d’impulsion.

En Thérapie Cognitive et Comportementale nous travaillons sur plusieurs axes :

Chaque pensée intrusive déclenche une peur intense (“et si je le faisais vraiment ?”), ce qui va amener des vérifications

La personne évite les situations ou objets liés à ces pensées (ex. couteaux, hauteurs, etc.).

Les personnes atteintes de phobie d’impulsion ont tendance à éviter de se confronter à leurs pensées, au plus j’évite cette pensée, au plus elle se renforce.
Les vérifications renforcent la phobie d’impulsion. Si je demande à un proche de me rassurer, ou si je passe des heures sur internet à vérifier qu’il s’agit bel et bien d’une phobie d’impulsion, c’est considéré comme un évitement.

Ce n’est pas parce que je le pense que c’est vrai. Il y a une différence entre penser quelque chose et faire quelque chose.
Au plus je suis dans la lutte, au plus ces pensées vont venir s’ancrer.
Ne plus lutter ≠ Croire

L’exposition progressive consiste à affronter pas à pas les situations qui déclenchent les pensées intrusives, plutôt que de les éviter.
On commence par des situations peu anxiogènes et on augmente graduellement la difficulté.
L’objectif est de constater que la peur diminue avec la répétition, et que les pensées ne mènent pas aux actions redoutées. Cette méthode aide à reprendre le contrôle et à réduire l’évitement quotidien.


Les phobies d’impulsion ne font pas de vous quelqu’un de dangereux, mais quelqu’un d’anxieux qui a peur de perdre le contrôle.

Ce n’est pas parce que je le pense que c’est vrai. Il y a une différence énorme entre penser à quelque chose et faire quelque chose.

Avec une prise en charge adaptée en TCC, il est tout à fait possible de : reprendre confiance en soi, retrouver une sérénité, et surtout ne plus avoir peur de ses propres pensées.

En résumé : une pensée n’est qu’une pensée. Ce n’est pas une action, ni une vérité.

Publié par Coraline Collet

Je suis psychologue et psychothérapeute spécialisée en Thérapie Cognitive & Comportementale. Je propose des consultations à distance / Téléconsultations TCC - Thérapie des schémas - Thérapie de la cohérence